Au Pakistan, le mot que tout le monde connaît est rishta : une demande en mariage et, par extension, tout le processus qui permet de trouver un bon parti. Mères, tantes, amis de la famille et marieurs professionnels y jouent chacun leur rôle, et une demande concerne autant deux familles que deux personnes. Mais le Pakistan évolue vite, et de nombreux jeunes Pakistanais, au pays comme dans la diaspora, veulent désormais avoir davantage leur mot à dire sur le choix de leur conjoint.
Ce guide explique comment se déroule habituellement un rishta, comment les mariages sont enregistrés, à quoi s'attendre en matière de coutumes et comment se protéger des pressions et des escroqueries.
Communautés, langues et régions
Le Pakistan est un pays à majorité musulmane, majoritairement sunnite, avec une importante minorité chiite. L'ourdou est la langue nationale et l'anglais est très présent dans l'enseignement et les affaires, tandis que le pendjabi, le pachto, le sindhi, le saraiki et le baloutche sont parlés par des millions de personnes. L'identité régionale et ethnique, et parfois la caste ou la biradari (le clan élargi), influencent les choix matrimoniaux, tout comme l'orientation religieuse de la famille.
La diaspora pakistanaise est nombreuse, notamment au Royaume-Uni, dans le Golfe, en Amérique du Nord et en Scandinavie. En Grande-Bretagne, d'importantes communautés vivent à Bradford, Birmingham, Manchester, dans la région de Londres et dans bien d'autres villes. Beaucoup sont originaires de l'Azad Cachemire, en particulier du district de Mirpur, et du Pendjab, ce qui façonne encore les réseaux matrimoniaux entre les deux pays.
Comment se déroule un rishta
- Trouver un parti. Des proches, des voisins, des amis de la famille ou un marieur proposent quelqu'un ; les sites et applications matrimoniaux sont aussi de plus en plus utilisés.
- La visite. La famille du prétendant rend visite à celle de la jeune femme, souvent autour d'un thé. Chaque partie évalue les études, la profession, l'origine familiale et la pratique religieuse.
- La rencontre du couple. Selon les familles, il peut s'agir d'une seule conversation encadrée ou de plusieurs rencontres et appels.
- L'accord et les fiançailles (mangni), souvent marqués par un échange de bagues et de douceurs.
- Le mariage, généralement réparti sur plusieurs événements : le mehndi ou mayun, la baraat (l'arrivée du cortège du marié, au cours de laquelle le nikah est souvent célébré) et le walima offert par la famille du marié.
Le mariage entre cousins reste fréquent dans certaines familles. Il est permis en islam, mais les couples peuvent envisager un conseil génétique en cas d'antécédents familiaux de maladies héréditaires.
Le nikahnama et l'enregistrement légal
En vertu de la Muslim Family Laws Ordinance de 1961, les mariages sont enregistrés auprès d'un officier d'état civil du nikah, et le nikahnama standard consigne le mahr, les témoins et l'identité des deux époux. Le formulaire comporte des clauses souvent ignorées, dont l'une permet au mari de déléguer à son épouse le droit de divorcer, ainsi qu'un espace pour d'autres conditions. Lisez l'intégralité du document avant de signer et demandez que chaque clause soit remplie en connaissance de cause plutôt que barrée par défaut.
Un second mariage nécessite en principe l'autorisation du conseil d'arbitrage local, et l'âge minimum du mariage varie selon les provinces. Les règles évoluent : vérifiez les exigences actuelles auprès d'un avocat ou d'un officier d'état civil local. Pour les Britanniques d'origine pakistanaise, un nikah célébré au Royaume-Uni n'est généralement pas reconnu légalement à lui seul ; un enregistrement civil est également nécessaire. Il en va de même en France, en Belgique et en Suisse, où seul le mariage civil a une valeur légale et doit précéder la cérémonie religieuse.
Attentes familiales et argent
Le mahr est une obligation du marié, mais les attentes de trousseau (jahez) de la part de la famille de la mariée restent répandues, malgré les vives critiques des savants et des militants. Les mariages peuvent aussi coûter très cher. Beaucoup de couples optent désormais pour un nikah simple, parfois à la mosquée, suivi d'un walima modeste, et certaines familles rejettent ouvertement le jahez. Aborder ces questions avec respect dès le début vaut bien mieux que de découvrir des désaccords la veille du mariage.
Où les gens se rencontrent
- Les réseaux familiaux et les marieurs, toujours la voie la plus courante.
- Les universités et les lieux de travail dans des villes comme Lahore, Karachi et Islamabad.
- Les cours religieux, les événements communautaires et le travail caritatif, qui permettent de découvrir le caractère de l'autre dans un cadre halal.
- Les plateformes matrimoniales en ligne, à utiliser de préférence comme une passerelle vers une véritable présentation familiale.
Consentement, pressions et escroqueries
Un nikah valide exige le libre consentement des deux époux. Le mariage forcé est illégal au Royaume-Uni, et la Forced Marriage Unit du gouvernement peut aider les ressortissants britanniques, y compris ceux emmenés à l'étranger. Les pressions affectives, comme s'entendre dire que refuser un cousin déshonorera la famille, sont fréquentes ; un imam de confiance, un conseiller ou une association communautaire peut aider les familles à en parler.
En ligne, méfiez-vous des promesses exagérées d'emploi à l'étranger, des demandes d'argent et des propositions qui semblent surtout motivées par un visa. Vérifiez la situation matrimoniale, l'emploi et le statut migratoire avant tout engagement.
Liste pratique
- Donnez des informations honnêtes et demandez la même chose à l'autre famille.
- Lisez chaque clause du nikahnama et convenez des conditions à l'avance.
- Enregistrez correctement le mariage au Pakistan et, si vous vivez à l'étranger, civilement dans votre pays de résidence.
- Refusez les exigences de jahez et fixez un budget de mariage réaliste.
- Les lecteurs de la diaspora trouveront un éclairage local dans notre guide sur Bradford.
